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Bienvenue dans la quatrième dimension : La pluie des Corps

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La pluie des Corps | Sandawe

Bienvenue dans la quatrième dimension : La pluie des corps

Le décor : une vieille maison juchée au sommet d’une colline, juste à l’extérieur des murs d’un petit village. Sur le perron de cette maison, un couple est assis tranquillement, regardant l’orage qui semble s’annoncer au loin. Soudainement, perçant les nuages, une nuée de corps d’hommes nus s’abat partout, s’écrasant au sol, fracassant les toitures des maisons, créant un traumatisme chez la population locale.

C’est ainsi, par cet événement déroutant, que débute cet étrange récit, oscillant entre le fantastique et la science-fiction. Comme c’est souvent le cas avec les histoires dont l’étrangeté fait partie du plaisir qu’on en retire, il n’est pas aisé de la résumer sans en dévoiler les éléments clés.

Mais faisons une tentative. L’action tourne autour d’Anne, une infirmière qui doit s’occuper de son mari, Paul. Ce dernier ne peut plus pratiquer son métier de charpentier suite à un problème de santé. Lorsque surviennent les événements décrits plus haut, le couple refuse d’aider les villageois à ramasser les cadavres, prétextant les problèmes de santé de Paul. En contrepartie, le conseil du village décide d’enterrer les cadavres sur la colline, tout autour de la maison d’Anne et Paul, et les assigne à garder le secret. C’est à partir de ce moment que le récit, d’une atmosphère particulièrement étouffante, passe en mode « quatrième dimension ».

Le scénariste, Florian Quittard, évoque, comme sources d’inspiration, l’œuvre du cinéaste américain John Carpenter ainsi que le film The Fountain de Darren Aronofsky. À l’instar des œuvres de ces deux auteurs cinématographiques, le récit mis en place par Quittard est envahi par l’étrangeté. Petit à petit, la réalité semble devenir malléable, comme si une quelconque entité la manipulait selon son bon plaisir. Rien ni personne n’est plus ce qu’il n’y paraît.

Pour la mise en images, Quittard bénéficie du talent d’Anaïs Bernabé. Elle a notamment travaillé chez Ubisoft comme conceptrice de personnages pour le jeu Assassin’s Creed. Une visite sur son blogue suffit pour comprendre qu’elle possède une grande imagination et un talent qui s’adapte très bien à différents styles. Ici, dans La pluie des corps, elle fait preuve d’une remarquable maîtrise de la séquence et de la durée, deux éléments qui sont essentiels dans l’évocation de l’atmosphère. Dès les premières planches, et ce, jusqu’à la toute fin, cette atmosphère demeure angoissante (la dernière planche est à couper le souffle pour l’effet de terreur qu’elle suscite). Elle tire donc le maximum du scénario de son coéquipier.

Le projet est édité par Sandwave, une maison d’édition qui utilise le mode de financement participatif pour permettre la publication de bandes dessinées indépendantes. Le présent ouvrage comprend d’ailleurs un petit dossier dans lequel le lecteur pourra suivre le développement du projet, composé d’extraits de la correspondance entre les deux auteurs, de crayonnages, etc.

La pluie des corps ne deviendra peut-être pas un classique, mais c’est un bel exemple des possibilités de la bande dessinée dans la mise en scène du fantastique en vue de susciter des émotions angoissantes, dérangeantes, chez le lecteur. Et puis, comment résister à découvrir ce qui se cache derrière une couverture aussi réussie?

Jérôme Vermette

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Bandes dessinées, Les chroniques de Jérome, Suggestions de lecture

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