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Je suis née dans un village communautaire de Kaya Takada

9782374251356
Takada, Kaya
Je suis née dans un village communautaire
Rue de l’échiquier

La vision enfantine d’une vie communautaire

On retrouve ce phénomène un peu partout dans le monde : des gens quittent leur vie quotidienne pour former une nouvelle communauté. Ces communautés, nous les nommons communes, écovillages, villages communautaires, éco-communauté et village associatif alternatif, et elles adoptent le même modèle : les gens se regroupent pour vivre en autarcie et s’adonnent à l’agriculture pour assurer leur subsistance, tout en essayant le plus possible de ne pas dépendre du monde extérieur pour quoi que ce soit. Pour un adulte, cette vie peut sembler idyllique; une vie où l’on s’occupe de la terre, de la communauté et de soi. Mais qu’en est-il des enfants? La mangaka Kaya Takada a vécu son enfance et son adolescence dans ce type de village au Japon. Dans le manga documentaire intitulé Je suis née dans un village communautaire, publié aux éditions Rue de l’échiquier, elle raconte son expérience et donne son point de vue.

Les parents de Kaya se sont rencontrés dans le village et ont eu deux enfants, Kaya et sa sœur cadette Aiko. Jusqu’à l’âge de cinq ans, les enfants vont à la garderie le jour et retournent chez leurs parents le soir. Mais dès l’âge de six ans, les jeunes débutent leur vie communautaire. Enfants et adultes vivent désormais séparément, chacun dans leur espace de vie et ils ne se voient que quelques fois par année. Les enfants fréquentent une école à l’extérieur du village, mais leur vie est sévèrement encadrée. Dès le lever, ils doivent aider au travail de la ferme, puis ils se rendent à l’école, reviennent travailler aux champs ou s’occuper des animaux, mangent, font leurs devoirs et leurs leçons, se lavent et se couchent. Ils n’ont pas de journées de congé, donc pendant les fins de semaine ou les journées pédagogiques, les enfants participent aux travaux de la communauté. Il n’y a que deux repas par jour, le midi et le soir, ce qui n’aide pas les élèves à se concentrer durant les cours. La discipline est stricte, les règles sont suivies à la lettre par l’éducatrice en charge des enfants et si l’un d’entre eux contrevient à ces règles, il n’est pas rare que les punitions soient corporelles.

Kaya a un tempérament rêveur, nonchalant : elle pose de nombreuses questions, elle est gourmande, bref elle a de la difficulté à suivre le modèle d’enfant imposé par l’éducatrice du village. À l’adolescence, Kaya ne traverse pas une phase de rébellion, mais ses questionnements font en sorte qu’elle s’écarte des normes et des codes du village. Elle est, pendant plus d’un an, retirée du cadre secondaire du village, où elle va vivre avec ses parents et travailler avec les adultes. Lorsqu’elle est réintégrée avec les autres adolescentes, elle se fond dans la masse, mais lorsque vient le temps de choisir entre rester au village ou aller vivre dans le monde «ordinaire», elle choisit la dernière option. C’est également à ce moment que ses parents décident de quitter le village. Pour la première fois, la petite famille de quatre va vivre sous le même toit, jusqu’à ce que Kaya se marie et aille vivre avec son amoureux.

Ce documentaire est absolument fascinant à lire! Les adultes vivant dans le village cherchent à créer une utopie où il n’y a plus de biens matériels, ni argent, ni propriété… Tout est structuré de manière à assurer le bien-être collectif, l’esprit communautaire vise à offrir une vie harmonieuse.

Tout cela est très beau, mais c’est dans l’éducation des enfants que ça se complique. La mise en pratique des valeurs du village est abusive et semble proche du dogmatisme. À plusieurs moments le terme «lavage de cerveau» nous vient en tête. Par contre, Kaya Takada ne parle jamais de son enfance en ces termes. Pour elle, ce qu’elle a vécu au village constitue son enfance et cela fait partie d’elle. Elle a même conservé plusieurs habitudes acquises dans sa vie au village comme manger deux fois par jour et pratiquer l’agriculture. Elle ne porte aucun jugement, elle ne fait que conter son histoire et laisse le lecteur se faire sa propre idée.

Jean Labrecque

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